Bruno Putzulu était Caligula à Dullin :
C'est dans les grands textes
qu'un comédien se retrouve dans sa vie d'homme
Ce n'est pas première fois qu'il revient, en tant que comédien, sur ses terres.
On l'avait déjà vu, en effet, dans le « Ruzante » de Beolco au Rive Gauche.
Cette fois, c'est au Théâtre Charles-Dullin pour le compte du centre dramatique régional avec un « Caligula » qui a déjà bien tourné dans la région et dont il espère une prochaine reprise à Hébertot où la pièce de Camus fut créée juste après la guerre.
Et bien évidemment la première question qui vient à l'esprit est de s'interroger et de l'interroger sur la succession à Gérard Philipe et si d'une quelconque manière elle peut être encombrante. La réponse est catégorique :
«Après Philipe il y en a eu d'autres dont Charles Berling il n'y a pas encore si longtemps. S'il fallait à chaque fois s'interroger sur ceux qui ont joué avant nous les rôles que l'on reprend, on ne jouerait plus. Gérard Philipe, c'est un style, c'est une époque… chacun imprime sa marque selon sa nature, sa sensibilité et surtout selon ce que demande le metteur en scène. Quand Stéphane Olivié Bisson m'a proposé le rôle je ne l'ai d'abord pas pris au sérieux. Je n'imaginais pas qu'on puisse me demander pour un tel rôle. Pour lui, c'était une évidence. Pour moi, c'était l'inconnu. J'ai commencé par dire non mais devant son insistance, je me suis résolu à plonger dans le texte et je n'en suis plus sorti. C'est un rôle extraordinaire, d'une grande richesse et un texte superbe toujours d'actualité. C'est une magnifique opportunité pour un comédien »
Même s'il revient régulièrement voir sa famille qui habite toujours la région, c'est un plaisir étrange et fort pour Bruno Putzulu que de reprendre pied dans le pays de ses origines et plus particulièrement à Dullin où il avait découvert le théâtre grâce à son frère Mario dans « la nuit du prédateur » avec la compagnie de l'Éprouvette à laquelle il appartient toujours.
Une découverte qui, après des études universitaires assez floues dont les perspectives allaient des Lettres au foot-ball, le poussera à vraiment faire le pas décisif. Il entrera au Conservatoire de Rouen chez Jean Chevrin mais c'est véritablement à Bob Villette qu'il doit le démarrage de sa carrière :
« On peut dire que c' est lui qui m'a vraiment mis le pied à l'étrier .j'ai travaillé quatre ans avec lui et il m'a préparé pour mon entrée au Conservatoire de Paris ».
Ce sera dans la classe de Philippe Adrien où il se retrouvera avec, entre autre, Samuel Le Bihan, Sophie Broustal et le rouennais Eric Caravaca :
« Philippe Adrien... c'est mon maître dans le théâtre. C est le professeur le plus important que j'ai eu. Il m'a appris que ce n'était jamais évident de dire.. que ce soit sur scène ou dans la vie et que le silence pouvait être aussi important que la parole ».
Dans la galerie des personnages essentiels de sa vie, il y aussi Philippe Torreton. Ils s'étaient rencontrés à l'Université et croisés chez Villette. Ils se sont retrouvés ensuite à Paris !:
« Nous avons été tous les deux à la Comédie-Française et c'est lui qui a parlé de moi à Bertrand Tavernier pour « L'appât ». Nous sommes liés par une vieille et solide amitié. Il y a entre nous une vraie complémentarité qui vient certainement de nos parcours qui se sont suivis sans être concurrentiels . Nous avons fait trois films et la télévision nous a réunis pour « Deux amis » de Maupassant .
Et puis, il y aura Philippe Noiret.
« on se croisait dans les couloirs du « Français » et il venait souvent me faire un petit bonjour dans ma loge. Nous avons tourné au Canada « Le retour du père » de Michel Boujenah avec Charles Berling et Pascal Elbé. Quand le film a été terminé chacun est reparti de son côté jusqu'à ce que je reçoive un jour un message de Philippe qui me disait qu'il avait l'impression d'avoir perdu un de ses fils. Nous nous revus souvent et petit à petit s'est imposé l'idée de faire ensemble un livre d'entretiens dans lequel il me confierait plein de choses sur le théâtre, sur la vie....