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Magazine d'information culturelle n°24

Juillet - Août 2009

par François Vicaire 

Le départ de Daniel Bizeray

On cherche un équilibriste ….

 

Même si on peut imaginer qu’il s’en doutait un peu, Daniel Bizeray ne savait certainement pas encore quand il l’a construite qu’il était en train mettre un point final à sa collaboration avec l’Opéra de Rouen avec la saison 2009-2010 qu’il présentait le mois dernier.

Une saison dont la qualité ne peut que nous faire regretter un peu plus son départ.

C’est en effet au moment où s’affirmait une philosophie appliquée à la recherche de nouveaux public sans jamais heurter celui qui de tradition était fidèle à une certaine image de la maison, qu’il quitte Rouen pour rejoindre Clermont-Ferrand.

Une situation, au demeurant, qui ne saurait bien évidemment mettre en cause et avant l’heure les qualités de celui qui lui succédera.

On peut seulement dire que Bizeray va lui laisser une maison en parfait de état de fonctionnement, jouissant d’une notoriété qui dépasse largement la région et dont les indices de fréquentation sont au beau fixe.

Une moyenne de 130.000 spectateurs dont 9.000 abonnés, des productions et des concerts qui se sont particulièrement bien exportés entre autre à l’Opéra-Comique, à la Cité de la Musique, à la Maison de la Radio, à Strasbourg au Festival “Musica” et des actions entreprises vers des catégories socio-culturelles laissées trop souvent en marge d’une maison d’opéra comme les prisons, le CHU, les établissement scolaires... le tout représentant un travail en profondeur s’appuyant sur une pertinence artistique sans laquelle tout le reste ne serait que de la poudre aux yeux.

Daniel Bizeray en alliant l’élégance à la témérité a su sortit l’Opéra de Rouen d’une vision quelque peu élitiste que la maison s’était plu à donner d’elle-même pendant un temps pour revenir à une notion plus élargie de ce que peut attendre le public d’un théâtre dont la vocation est de répondre aux exigences de la proximité tout en pratiquant une politique ambitieuse d’ouverture.

On ne sait pas encore qui lui succédera. Des noms circulent, certains avec plus d’insistance que d’autres mais rien, semble-t-il n’est arrêté. Les appels à candidatures ont été lancés début juin mais il est bien certains que les postulants n’ont pas attendu cette démarche, obligatoire pour ce genre de fonction, pour se précipiter sur la ligne de départ. Il y a de moins en moins de théâtre et de plus en plus de candidats. Autant dire que les places sont chères et que la commission qui va devoir trancher n’aura pas trop de l’été pour y parvenir. Sera-t-il (ou sera-t-elle ) là pour la rentrée prochaine? C’est à espérer.

 

De toute manière le nouveau directeur n’aura d’autre fonction au départ que d’assurer le bon déroulement d’une programmation qu’il n’aura pas faite, ce qui lui laissera le temps de préparer la sienne, encore que prenant le train en marche il lui faudra être attentif à bien gérer les différentes étapes d’un parcours qui ne totalise pas moins de 10 opéras, 28 concerts de musique instrumentale, 14 concerts de musique vocale, 10 spectacles chorégraphiques et 28 représentations de spectacles juniors.... soit au bas mot 113 représentations pour 62 propositions de spectacles.

A cela va s’ajouter pour le nouveau patron de l’Opéra l’obligation de gérer les susceptibilités internes tout en affirmant sa propre personnalité tant à l’intérieur de la maison qu’à l’extérieur.

C’est donc un homme de l’art, un gestionnaire et un diplomate qu’Alain le Vern, en qualité de président de l’Etablissement Public de Coopération Culturelle qui gère le théâtre, va devoir trouver.

Il va lui falloir viser vite et juste pour éviter les situations intermédiaires toujours dommageables au bon fonctionnement d’un établissement de cette importance. De plus, ce n’est un secret pour personne que Bizeray est parti de lui-même pour éviter un “remerciement” qui devenait de plus en plus probable. D’où l’obligation de ne pas se tromper dans le choix de son remplaçant qui va devoir faire sinon mieux, du moins aussi bien que celui auquel il succède.

Jusqu’en septembre les spéculations vont aller bon train. Bien des noms sont jetés en pâture à la curiosité publique. L’expérience veut que ce ne soit pas toujours ceux dont dont on parle le plus qui aient le plus de chances.

Les politiques - car ce sont eux, en définitive, qui auront le dernier mot - n’aimant pas donner l’impression qu’on leur force la main, la position d’outsider (confirmée ou non) peut parfois être périlleuse.

Beaumarchais - auquel Bizeray consacre une partie de sa saison rouennaise - relevait dans le monologue de Figaro qu’à la place du calculateur espéré on avait donné la préférence à un danseur.

A Rouen il faudra à tout le moins un bon équilibriste.