“Ni fini, ni infini” de Roland Schön ou les mécaniques de l’esprit ...
Ce pourrait être un manège qui tourne sans fin ou un moulin à prières qui se serait emballé. Mais si la nouvelle création de Roland Schön tourne en rond, on sait en revanche où elle va. En fait, “Ni fini, ni infini” - c’est son titre - résume bien cette démarche qui fait de la forme ronde l’élément central d’une aventure étonnante. Une aventure qui n’a évidemment pas de fin puisque la circonférence est par excellence un itinéraire qui se suffit à lui-même et qu’étant en quelque sorte la représentation parfaite d’un univers fermé, elle s’interdit par là-même l’infini. “Ni fini, ni infini” raconte l’histoire étrange d’un “étourni”... un homme saisi de vertige quand il prend conscience que la terre tourne sous ses pieds et qui se prend au piège d’un délire vertigineux dont il ne se sent plus maître. Autour de cette parabole, Roland Schön a construit un monde qui lui est familier et qui fait côtoyer la mécanique la plus élaborée et la poésie la plus échevelée. Cela fait des années qu’il s’emploie à mettre en présence l’acteur et la machine. Autour de cette confrontation, s’est construit un univers étrange dans lequel chacun alimente sa propre réalité aux spécificités de l’autre. C’est une alchimie subtile dont Schön est le grand ordonnateur et qui fait de chacun de ses spectacles un monde surprenant qui s’anime tout autant grâce à la mécanique de l’esprit qu’aux rouages bien huilés des machines. La ronde de carnaval, le visage vertige, le rouleau de l’évolution, les ronds perpétuels, les rubans sans fin sont quelques unes des étapes d’un itinéraire ponctué de musiques écrites par Bertrand Lemarchand. À ses côtés, Roland Schön, Ludovic Billy, et François Smol proposent un parcours singulier qui se déroule dans un espace fait de lumières, de sons, de projections. |
Le texte s’y inscrit comme une sorte de puzzle constitué de courts récits poétiques, de digressions burlesques et de dialogues absurdes qui se fondent dans ce que Schön appelle “un vaste tourni de la langue”. C’est si parfaitement évident que le spectateur qui se promène dans ce lieu très ouvert mais parfaitement balisé peut en l’explorant à sa guise au cours de pauses musicales qui sont prévues à cet effet, y attraper lui-même le tourni... et de s’en trouver heureux!
- Dieppe Scène Nationale (au Drakkar à Neuville-les-Dieppe) vendredi 7 et samedi 8 novembre - Le rayon Vert - Sant-Valéry-en-Caux, Mardi 18 novembre |